Bertrand Picard « voler avec Solar Impulse c’est magique »

Ecrit par Nicolas Goisque Le 10 octobre 2017 à 14:49

Bertrand Picard, psychiatre et explorateur, initiateur du projet Solar Impulse visant à réaliser le tour du monde à bord d’un avion solaire sans carburant était présent ce samedi à Dijon dans le cadre du festival international du film d’aventure « Les écrans de l’aventure » pour présenter le film Solar Impulse, l’impossible tour du monde ainsi que le livre qu’il a écrit avec son compagnon d’épopée, André Borschberg. DIJON-SPORTnews l’a rencontré à cette occasion.

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

DIJON-SPORTnews : Racontez-nous la genèse de ce projet Solar Impulse

Bertrand Picard : ce projet est né suite à mon tour du monde en ballon (ndlr en 1999) sans escale ou pendant 20 jours j’ai eu peur de tomber en panne de carburant. Sur les 3,7 tonnes de propane liquide qu’il y avait au décollage, il est resté 40kg. C’est là que j’ai commencé à rêver d’un vol perpétuel, d’un vol où l’on n’aurait pas besoin de carburant, d’un vol où l’on pourrait rester aussi longtemps qu’on veut dans le ciel et la seule manière de le faire c’est avec de l’énergie solaire et c’est comme cela que j’ai lancé le projet Solar Impulse.

 

 

Du rêve et de l’idée de départ à la conception de l’avion et du voyage on imagine aisément les nombreuses  embuches, comment avez-vous vécu ces différentes étapes ?

En fait tout était difficile parce que cela n’avait jamais été fait. C’était considéré comme impossible et on a dû inventer toutes les solutions que cela soit technologique, les partenariats financiers, les partenariats techniques, les autorisations de vol, la construction, les stratégies météorologiques etc. En fait c’est cela que l’on raconte André Borschberg et moi dans notre livre objectif soleil, tous les dessous de l’histoire, tout ce qui fait qu’une aventure comme celle-là peut réussir. Ce que l’on a voulu bien expliquer c’est que dans une grande aventure c’est normal d’avoir des problèmes, des embûches, des doutes ; et les gens qui nous lisent se diront peut être eux-mêmes, quand ils seront en train de réaliser ce qu’ils ont envie de réaliser dans leur vie, qu’il ne faut pas s’étonner si parfois il y a des crises, des remises en questions ; c’est normal et c’est comme cela qu’on y arrive.

 

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

Votre motivation première en vous lançant dans ce projet était ce d’abord, l’aventure ?  Le Défi technologique ? Ou pensiez-vous déjà aux retombées possibles dans de nombreux domaines de ce projet ?

Pour moi, il s’agissait essentiellement de délivrer un message. Crédibiliser les technologies propres et les énergies renouvelables ; montrer qu’elles peuvent faire des choses à priori impossibles et donner aux gens l’envie de les utiliser.

 

 

Au départ de votre première étape à Abou Dhabi on imagine votre émotion ?

Le départ c’était peut-être le pire moment parce que c’est celui que l’on attendait depuis très très longtemps et c’est le moment où on ne pouvait plus faire marche arrière. C’est le moment de vérité, celui où tout devait être prêt, tout devait marcher et en même temps le moment où tous les problèmes étaient encore devant nous.

 

 

Avez-vous un ou deux moments de l’épopée qui vous reste plus précisément en mémoire ?

J’ai adoré le vol entre Hawaï et San Francisco sur le pacifique, le moment où j’ai pu parler à Ban Ki Moon secrétaire général des nations unies pendant la signature des accords de Paris en direct par satellite, lui était à New York, moi au milieu du pacifique avec Solar Impulse. Là je me suis dit Solar Impulse devient ce que j’avais envie qu’il soit depuis toujours, un bras de levier pour passer un message, un outil pour crédibiliser toutes les technologies propres. Il y a eu d’autres moments fantastiques, la traversé de l’Atlantique ; j’avais rencontré Charles Lindbergh quand j’étais enfant donc faire la première traversée de l’Atlantique avec un avion électrique à énergie solaire, pour moi c’était le rêve absolu et puis forcément l’arrivée. L’arrivée, quand on aboutit avec toute une équipe, après 15 ans d’effort, c’est un moment magique.

 

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

Question plus pratique, quand vous êtes seul dans cet avion, avec peu de place, comment vivez-vous le quotidien, manger dormir…. ?

Le siège pouvait se rabattre donc le pilote pouvait être couché, on ne pouvait pas se lever mais être coucher c’est déjà bien, on peut s’étirer, faire des exercices de yoga qu’André avait développés tandis que j’avais développé des techniques d’auto hypnose.  On avait toute notre nourriture avec nous, Nestlé nous avait préparé des repas, on avait de quoi ranger nos habits, on avait des toilettes sous le siège, on avait un pilote automatique pour arriver à dormir par petites tranches de 20 minutes. Honnêtement les grandes difficultés je les ai rencontrées au sol, pas en vol. En vol c’était magique.

 

 

Peut-on d’ores et déjà parler de retombées concrètes suite à votre aventure ?

Il y en a beaucoup. D’abord des technologies qui ont été développées pour Solar Impulse, comme des encapsulations  de panneaux solaires, des matériaux ultra légers des mousses isolantes, des systèmes de management de batteries etc, tout cela qui arrive maintenant dans le commerce pour le public. Une autre retombée intéressante, tous les constructeurs aéronautiques se sont mis sur des programmes d’aviation électrique. Au début ils riaient en disant qu’on n’y arriverait jamais et quand ils ont vu qu’on y arrivait, ils se sont tous mis sur des programmes d’avions électriques pour passager. Et puis la chose qui pour moi est très importante c’est que notre succès m’a permis de lancer l’alliance mondiale des solutions efficientes dans le but de sélectionner les 1000 solutions les plus rentables pour protéger l’environnement et ça c’est quelque chose qui à mon avis peut vraiment influencer les gouvernements, parce qu’on va leur amener la preuve que tout le cadre législatif, toutes les normes environnementales énergétiques peuvent être basées non pas sur des négociations à minima entres les parties mais sur une réalité technologique qui existe, qui crée des emplois, qui développe l’industrie, qui fait de la croissance, mais une croissance propre bien meilleure que le statu quo sale que l’on a aujourd’hui.

 

 

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Dernière question, vous êtes à Dijon pour présenter le film Solar Impulse l’impossible tour du monde et votre livre objectif soleil, c’est important pour vous d’être présent à ce festival ?

Vous savez Dijon est un festival qui me soutient depuis toujours, déjà avant de réussir le premier projet du tour du monde en ballon sans escale, j’étais à Dijon, Stéphane Millière avec Gédéon production avait déjà fait un film. C’est un endroit pour moi où je retrouve beaucoup d’amis, où j’ai beaucoup d’émotions et que j’aime énormément.

 

Propos recueillis par Nicolas GOISQUE

 

 

 

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