S Destremau « la puissance du Vendée Globe est colossale »

Ecrit par Nicolas Goisque Le 9 octobre 2017 à 22:33

Le navigateur Sébastien Destremau a terminé à la dernière place du dernier Vendée Globe à 50 jours du vainqueur Armel Le Cléac’h et après 4 mois passés en mer. Il était présent au festival des écrans de l’aventure à Dijon pour présenter son livre seul au monde qui au-delà de l’aventure Vendée Globe narre son parcours de vie. DIJON-SPORTnews est allé à sa rencontre

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

DIJON-SPORTnews : Comment vous est venue cette idée un peu folle de vous lancer dans le Vendée Globe vous qui êtes plutôt régatier ?
Sébastien Destremau : Le fait d’avoir passé ma carrière à faire de la régate en équipages à tous les niveaux y compris au plus haut, je ne me suis jamais permis de penser que je pouvais faire le Vendée globe. On a tous des choses comme cela dans nos vies qui sont juste à côté de nous, qu’on admire, dont on a envie et on ne se projette pas dedans car on pense que ce n’est pas pour nous. Moi le solitaire ce n’était pas pour moi, Ce n’était pas ma carrière. Et puis il a suffi d’une énorme émotion la veille du départ du précédent Vendée Globe en 2012. Je travaillais pour une télévision et j’étais sur les pontons aux sables d’Olonne, il fait noir, il fait froid, y’a du vent de la pluie, la misère totale ; je suis au pied des bateaux et il y 20 mecs qui vont partir à la conquête du total inutile, faire le tour du monde à la voile en solitaire sans escale et sans assistance. Cette émotion-là, elle a fait sauter la barrière du « ce n’est pas pour moi » et j’en suis arrivé au « pourquoi pas moi » ?

 

Une fois décidé, vous n’avez pas fait comme tout le monde, avec un budget très modeste pour une expédition de ce genre et un entrainement chez vous à Toulon.
Oui tout à fait, j’ai voulu le faire là où je suis, là où mes proches sont car c’était un projet très collaboratif et qu’on avait des moyens très limités. J’ai voulu le faire comme ça, me prouver à moi-même que j’étais capable de le faire. C’était mon défi ; j’ai le vertige et je vais me mettre au bord d’un précipice pour voir ce que cela fait, si j’en suis capable. C’est vrai que de le faire chez soi, c’est quelque part un certain réconfort et plus facile. C’est vrai que quand on veut faire le Vendée Globe, il faut mieux s’installer en Bretagne pour se préparer. Mais avec un tout petit projet en Bretagne vous aurez du mal à exister. Chez moi à Toulon dans le sud entre Marseille et Menton, il n’y a jamais eu un bateau qui a pris le départ du Vendée Globe. Une fois que les gens savaient que le Vendée globe ne s’écrivait pas en trois mots, on était mieux chez nous pour ce projet.

 

Vous êtes à Dijon aux écrans de l’aventure pour présenter votre livre « Seul au monde », un livre qui ne raconte pas seulement votre Vendée Globe mais aussi votre histoire, votre trajectoire. Si je vous dis que ce tour du monde était un peu pour vous un rite initiatique ?
C’est sûr qu’on peut avoir cette impression en lisant le livre, mais en fait c’est un constat à postériori. Je n’ai pas fait le Vendée Globe pour faire une thérapie quelconque ou un bilan à mi vie, je l’ai fait pour ce que c’était, une aventure. Il est vrai que je me rends compte qu’en partant sans livre, sans photo, sans film, sans musique, sans alcool, sans cigarette, sans rien, sans contact avec la terre sauf le strict nécessaire que je me suis mis dans les conditions parfaites pour vivre cet événement tel qu’il est, du coup on revoit sa vie, on la repasse, mais c’est une constatation et pas une anticipation, mais je me suis mis en condition de…..

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

Revenons sur la dimension sportive, faire un Vendée Globe c’est une réelle performance, sur les plans physique et mental ?
C’est sûr, mener un bateau de 20 mètres en solitaire, physiquement c’est assez difficile. Après vous le faites aussi à votre rythme physique, de ce que votre physique vous permet. Moi j’ai la chance d’être un peu gaillard, ce qui ne veut pas dire que quelqu’un de plus petit ou menu ne peut pas mener ce genre de bateau. Mentalement La difficulté c’est d’abord de se retrouver en solitaire, dans des endroits qui font peur et savoir que si on a un gros pépin, on peut y passer. Si on tombe à l’eau, on est mort et puis on peut avoir un pépin technique grave qui nécessite qu’on vienne nous chercher et une opération de secours peut prendre 7-8 jours. Ce sont vraiment des conditions extrêmes de solitude et d’éloignement. J’ai une anecdote qui me fait rigoler ; en plein milieu du Pacifique il y a un point qui s’appelle le point Némo qui est le point le plus éloigné de toute terre émergée, la première terre est à 2600 km. Avoir 2600 km d’eau autour de vous c’est gigantesque, colossal et là le voisin le plus proche c’est la station spatiale internationale qui est 350 km au-dessus de la terre, cela donne une bonne idée de l’isolement dans lequel on se trouve.

 

 

Quelles images fortes vous reste –t-il de ce tour du monde ? On suppose qu’un premier passage du Cap Horn par exemple reste un grand moment
Le Cap Horn bien sûr, quand on arrive là c’est l’aboutissement de considérables efforts, l’effort solitaire de la course mais aussi tout ce qu’il y a en amont, tout ce qu’il a fallu préparer pour en arriver là. Après le Horn, quand on tourne à gauche, la course n’est pas terminée mais on revient dans la sécurité, dans la civilisation, on n’est pas très loin des côtes, les secours ne sont pas trop longs à venir. Ce cap Horn est donc un énorme passage, je me souviens très bien de toute cette journée où je l’ai passé. Après il y a des moments de bonheur absolu ; ceux qui me reviennent hormis l’arrivée, qui évidemment sort du lot, c’est après mon escale forcée en Tasmanie, je repars en sachant que mon bateau est en bon état, qu’il est fiable et qu’il peut m’amener au bout, et là j’ai trois jours de mer pour m’amener en Nouvelle Zélande qui sont un vrai bonheur, il fait beau, y’a du soleil, un peu froid mais on s’en fout, il y a du vent, le bateau est solide , je vais finir ce truc. J’ai le soulagement en repartant de Tasmanie que ce bateau me tiendra jusqu’au bout et c’est un vrai bonheur. Il y a aussi des moments extrêmement difficiles quand je me casse les cotes ou quand je dois démarrer mon moteur avec un bout de ficelle comme on démarre sa tondeuse à gazon pendant 100 jours ; ce sont des épreuves colossales. Des épreuves qui sont dans le domaine du « y’a pas le choix », on est seul en mer et on peut pas s’arrêter pour aller acheter la clef de 13 qui nous manque parce qu’on l’a fait tomber à l’eau. Donc on va fabriquer une clef de fortune car on n’a pas le choix, on se démerde.

 

 

© Nicolas GOISQUE/NikoPhot

Vous avez passé 4 mois seul en mer et au moment d’arriver vous vous déclarez prêt à repartir immédiatement, les humains sont-ils si durs à vivre ?
Il faut comprendre que le retour à terre est également une épreuve. Quand on a passé 4 mois seul, on craint le retour dans la civilisation ; si le prochain départ avait eu lieu le lendemain, je l’ai dit à l’arrivée, je repartais. 6 mois après ce n’est pas tout à fait la même chose, s’il fallait partir demain je ne serai pas prêt. Je ne veux pas repartir dans les mêmes conditions, cela dépend donc des circonstances. L’arrivée c’est quand même un peu une terreur. De savoir que moi j’ai tout mis dans ce projet, je n’avais plus rien derrière, le projet s’arrêtait une fois la ligne d’arrivée coupée.

 

 

Ecrire un livre, c’était une idée que vous aviez en tête ou est-ce venu durant la traversée ?
J’avais l’idée d’écrire un livre qui était plus un carnet de bord, quelque chose que l’on va ranger sur une étagère, qu’on pourra donner à ses petits-enfants et donc pas pour éditer. Mais à l’arrivée, je me suis rendu compte à quel point cette aventure que j’avais vécue touchait les gens. Que ce que j’avais raconté avait touché le très grand public, je me livrais moi-même avec l’aventure du Vendée Globe comme support. Je l’ai écrit comme cela, alors que ce n’était pas ce qui était prévu, simplement parce que j’ai pris conscience de l’importance pour les gens des messages que j’avais pu faire passer, des valeurs que j’avais partagées, ce dont on ne s’aperçoit pas quand on est en mer. En une semaine j’ai reçu des tonnes de messages, les gens m’arrêtaient dans la rue en pleurant. Au début cela choque. Si les gens ont été autant touché par l’aventure de ce mec de 52 ans et ben on va leur raconter qui il est, quel est son parcours de vie pour en être arrivé là.

 

 

Ce Vendée Globe cela a quand même un retentissement extraordinaire ?
C’est colossal. Je pense que peu de personnes réalisent la puissance du Vendée Globe au niveau émotionnel sur le grand public. Je m’en aperçois tous les jours. C’est incroyable.

 

 

Pour vous il y aura clairement un avant et un après ?
J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie, j’ai eu 2000 vies si je puis dire, mais c’est vrai que avant et après le Vendée Globe, ce ne sera jamais pareil.

 

 

Quels sont maintenant vos projets ?
Dans l’immédiat, ce sont les suites du livre, beaucoup de choses en découlent, le poche, les bandes dessinées dont plusieurs sont en préparation, une émission de télévision, des films, tout ce qui concerne l’aventure passée et qui est supportée par le livre. En ce qui concerne la prochaine aventure sportive, je prépare activement le prochain Vendée Globe pour repartir sur une nouvelle histoire en trouvant un nouveau fil rouge pour ne pas être répétitif et rester dans le partage d’émotions qui est ce qui m’importe. Va-t-on trouver les moyens de raconter cette nouvelle histoire, c’est en tous les cas l’ambition.

 

Propos recueillis par Nicolas GOISQUE

 

 

 

 

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