Eric Carrière (3) : « Dijon peut monter en Ligue 1 »

Ecrit par Kevin Petit Le 12 juillet 2015 à 14:00

DIJON-SPORTnews.fr est allé à la rencontre d’Eric Carrière, ancien joueur du Dijon Football Côte-d’Or. L’ancien milieu de terrain, également passé par Nantes, Lyon et Lens, tire un bilan de la saison écoulée (L1, L2, équipe de France…). Tout au long de l’été, vous pourrez retrouver les analyses du nouveau consultant phare de la chaîne cryptée. Après avoir évoqué la saison de Ligue 1, l’ancien meneur de jeu revient sur la saison du DFCO et la réforme des deux montées-descentes.

 

 

DIJON-SPORTnews : Dijon n’est pas passé loin de la montée, c’est dommage de ne pas être monté cette année ?

©Nicolas GOISQUE/archives

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Eric Carrière : Bien sûr que c’est dommage. La Ligue 2 ça reste un championnat très serré. Économiquement, même s’il y a quelques exceptions, les clubs tournent à un budget de 10 millions d’euros avec des droits télés répartis de manière équitable. Ce qui veut dire que l’on peut réaliser une belle saison parce qu’on a sorti quelques joueurs intéressants ou quelques perles qui viennent de CFA, de National et être aux portes de la montée. Mais l’année qui suit, on peut tout autant se retrouver dans la charrette pour le National. On le voit avec quelques équipes comme Tours qui pendant des années, était à la lutte pour monter et qui  cette saison, se sauve dans les toutes dernières journées. Donc pour moi la place de Dijon, c’est d’être dans le premier tiers de Ligue 2 et de temps en temps de monter en L1. Ça reste un jeune club qui a perdu du temps en ayant deux clubs concurrents dans une ville plutôt petite ou pas suffisamment grande. J’en ai parlé avec Olivier Dall’Oglio, la plupart des gens lui disent « c’est dommage », mais moi je lui ai dit qu’il vaut mieux être quatrième que quinzième. Pour recruter la saison d’après c’est mieux d’avoir fini quatrième, même si pour les gens c’est la place du « con ». Donc pour moi, ça reste un bon classement et une belle saison. Au marathon, il vaut mieux être 4e que 500e.

DSn : Tu penses que le DFCO peut monter en Ligue 1, en prenant le temps de construire cette montée ?

EC : Dijon peut le faire. Pour ça, il faut avoir un peu de talent dans le recrutement et aussi un peu de réussite. Il faut trouver un attaquant qui sera capable de planter but sur but. C’est ce qui a manqué cette année au club. Ils ont Tavares qui a marqué 10 buts et fait 8 passes décisives et c’est un bon attaquant. Mais s’il avait quelqu’un à côté de lui, comme Ribas lors de l’année de la montée en 2011… Ribas était bien épaulé et il avait terminé meilleur buteur du championnat.

DSn : C’est primordial d’avoir un finisseur devant, l’efficacité c’est la base de tout dans le football…

EC : Comme cette saison avec Kodjia à Angers ou Le Bihan au Havre, il faut un mec capable de mettre entre 15 et 20 buts par saison. Un peu comme en Ligue 1 et dans tous les championnats. Dans ta philosophie de jeu, tu peux ne pas avoir de buteur mais des joueurs qui sont plusieurs à être entre 7 et 10 buts, mais c’est quand même assez rare. Quand une équipe a le buteur, le renard des surfaces et notamment à ce niveau-là ou il peut vraiment faire la différence, elle est bien armée.

© Nicolas GOISQUE/archives

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DSn : La Ligue 2 va connaître du changement avec la réforme des 2 montées-descentes, tu la juges comment cette réforme ?

EC : Je trouve que c’est trop précipité. Pourquoi pas tenter des choses, de toute façon il faut essayer, ça il n’y a pas de soucis, mais pas la saison prochaine, plutôt dans deux saisons. Les clubs pourraient au moins se dire : « On reste comme ça en l’état encore un an ». Une équipe comme Evian-Thonon-Gaillard qui vient de descendre pourrait se dire « J’ai un peu plus de chance de remonter ». C’est comme l’histoire des points de Nîmes, on n’annonce pas ça au dernier moment, c’est pas possible. Par rapport à Orléans, je trouve ça plutôt délicat.

DSn : Il y a donc un problème au niveau du fonctionnement de la Ligue ?

EC : C’est plutôt dans la manière dont fonctionne le traitement des appels dans le monde du football. Ce n’est pas assez rapidement traité, on l’avait vu aussi avec Luzenac. Il faut trouver des moyens pour que ça soit plus efficace. Après ça ne reste qu’un point de vue. Pour en revenir à la réforme, pourquoi on n’essaierait pas ? C’est facile de critiquer, là il y a un choix qui est fait, il y a une étude qui a été faite. J’ai juste une crainte sur les fins de saisons et l’intérêt de ces dernières. On l’a vu cette année, tout était bouclé à la dernière journée, notamment sur le maintien. Côté médiatique et chaîne TV, c’est un peu plus embêtant. On préfère quand il y a un intérêt au niveau sportif. Après pour les investisseurs, je suis moyennement sûr.

Photo Nicolas GOISQUE / archives

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DSn : Un accident, une descente peut vite arriver pour certains clubs…

EC : Pour les accidents industriels ou plutôt économiques, ça peut être intéressant. Parce que c’est vrai que d’après l’étude qui a été faite, apparemment, il y a des clubs de Ligue 2 qui sont montés en étant troisième et qui deux/trois ans après se sont retrouvés dans la difficulté. À Dijon, ça c’est très bien passé. Bernard Gnecchi avait bien anticipé les choses et derrière Olivier Delcourt a bien géré. Il y a eu des bonnes ventes qui ont été faites et ça les supporters souvent ne comprennent pas. Ils disent souvent « ils ont vendu un tel » mais c’est obligatoire sinon le club n’équilibre pas son budget et il peut plonger. Ça s’appelle être un bon gestionnaire. Il vaut mieux être en Ligue 2 pendant 10 ans plutôt qu’être en Ligue 1 un an ou deux pour finir en DH.

DSn : Ce qui est un peu le cas d’Arles-Avignon ou encore d’Istres…

EC : Je me rappelle quand ces deux clubs là étaient en première division, ils se faisaient insulter par les supporters parce qu’ils étaient derniers et qu’ils ne gagnaient pas un match. Moi je me disais « ça ne sert à rien de faire ça. Il faut voir les choses différemment ». C’est une chance d’être monté en Ligue 1, mais en fait on n’est pas une équipe de L1. Tu peux l’être si tu as les moyens de rester longtemps, mais sinon tu n’es pas un club ou une équipe de D1. Derrière ils n’ont pas trop anticipé pour amortir la descente et ça a été le feu partout.

 

 

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