DIJON-SPORTnews.fr est allé à la rencontre d’Eric Carrière, ancien joueur du Dijon Football Côte-d’Or. L’ancien milieu de terrain, également passé par Nantes, Lyon et Lens, tire un bilan de la saison écoulée (L1, L2, équipe de France…). Dans ce premier épisode, Eric Carrière commence par revenir sur la saison de Ligue 1 et plus particulièrement sur celle de Lyon et du Racing Club de Lens, 2 de ses clubs de cœur .

 

© Nicolas GOISQUE/archives

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DIJON-SPORTnews : Comment juges-tu la saison lyonnaise de l’extérieur ? Est-ce que tu penses qu’ils sont satisfaits de leur seconde place ou quand même un peu déçus de ne pas avoir joué le titre jusqu’au bout ?

Eric Carrière : Je pense qu’ils doivent être satisfaits, ça parait évident. Après, ils peuvent avoir quelques regrets. Récemment, j’ai discuté avec un ami, qui est supporter de Lyon et il me dit : « On a perdu des points contre Lens, contre Nice, etc… ». Je lui réponds : « Oui, d’accord. Mais Paris aussi en a perdu des points ». Il faut aussi se projeter sur ce qu’on fait les autres. Paris a aussi perdu des points en début de saison quand ils se faisaient rattraper au score. Pour une équipe comme Paris, ne pas être champion aurait été un très gros regret. Pour Lyon, c’est quasiment le mieux qu’ils pouvaient faire.

 

DSn : Hubert Fournier a réalisé une très belle saison. L’année prochaine, il sera attendu au tournant et aura davantage de pression…

EC : C’est aussi un problème dans le sport de haut niveau parce que si on fait une saison moyenne, l’année d’après il faut que ce soit une bonne saison et celle d’après une très bonne, ainsi de suite. Mais ça veut dire qu’à un moment, il y aura de la déception. C’est difficile d’être au plus haut niveau, on s’en aperçoit avec Laurent Blanc à Paris. Il a fait une première saison plutôt pas mal, cette année il a fait une grande saison, mais l’année prochaine s’il fait pas le triplé plus, au moins demi-finale de Ligue des Champions, on va sûrement lui dire  « c’est pas bien ». Pour Fournier, ça reste la même problématique. Il va être attendu parce qu’en plus il y a aussi la Champions League et ça demande une autre énergie. Lyon n’est pas préparé, à l’heure actuelle, pour être performant sur tous les tableaux. C’est donc un challenge pour lui et pour l’effectif.

 

© Nicolas GOISQUE/archives

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DSn : Tu as côtoyé Jean-Michel Aulas quand tu étais à Lyon, ses sorties en fin de saison, est-ce que cela t’as surpris ou est ce que c’était préparé pour protéger son équipe et éviter de parler de ses joueurs en fin de saison ?

EC : C’est quelqu’un qui est à fleur de peau quand on parle de l’Olympique Lyonnais. Mais comme beaucoup d’entraîneurs, de joueurs ou de dirigeants, ils ont l’impression qu’on en veut à leur club et qu’ils sont désavantagés. Ils ont un côté paranoïaque. Tous les présidents ont la sensation qu’ils sont désavantagés par les arbitres. Ce qui est impossible, mathématiquement, ce n’est pas possible. Jean-Michel Aulas aussi a ce côté-là, qui fait qu’il sort des phrases qui font parler de lui et moins de l’équipe. Mais je ne suis vraiment pas sûr que ce soit préparé pour que l’on parle moins de son groupe. Je trouve que c’est plus pour défendre son club, mais de manière exagérée.

 

DSn : Est-ce que tu continues à suivre les clubs dans lesquelles tu es passé (Nantes, Lyon, Lens, Dijon) ?

EC : Bien sûr. Je continue à avoir un œil et je regarde les résultats. Après dire que je regarde tous les matchs, là c’est difficile. Pour les équipes qui jouent en Ligue 1 c’est facile, pour Dijon ça l’est un peu moins. En Ligue 1, des équipes comme Nantes je ne les ai pas commentées une fois, c’est assez marrant. Je ne suis toujours pas retourné à la Beaujoire parce que ça ne se fait pas. Mais il me tarde d’y revenir. Pareil pour Bollaert, même si cette année ils ont joué à Amiens.

 

DSn : En parlant de Bollaert et de Lens, comment vis-tu les problèmes extra sportifs du club en tant qu’ancien ?

EC : C’est valable pour tous les clubs mais c’est sûr que quand on est passé dans ce club-là et qu’on connait un maximum de personnes (je connais très bien Gervais), ça fait de la peine. Mais il y a une forme de logique notamment quand on fait appel à des personnes étrangères. Après je peux comprendre que Gervais l’ai fait parce qu’il y avait un réel besoin. Mammadov, à un moment, a quand même injecté plus de 20 millions qui ont permis au club de survivre. À un moment, le mec a dû se dire « j’arrête ». Cette histoire est très compliquée. L’autre jour, j’ai fait le parallèle avec ce qui s’est passé à Grenoble où ils étaient avec un Japonnais. Dès que le mec a dit « rideaux, je pars », il repart au Japon. C’est la même chose qu’avec l’Azerbaïdjan et qu’est ce qu’on peut faire contre ça ? Alors que lorsqu’un club est construit sur le tissu local/régional, les gens ne partent pas. Ils s’accrochent au club, ils vont injecter de l’argent et ils vont trouver des solutions.

© Nicolas GOISQUE/archives

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DSn : Tu penses qu’un projet basé sur le tissu local peut fonctionner à Lens ?

EC : Je pense qu’il faut déjà avoir quelqu’un qui finance au niveau national. On constate qu’à l’international ce n’est pas évident parce qu’ils peuvent partir du jour au lendemain. Je ne sais pas si à Dijon, par exemple, un gars arrive et dit « je vous mets 30 millions d’euros sur la table » et on lui dit non. C’est difficile de refuser. Mais il faut être conscient pour ceux qui restent dans le club que ça peut s’arrêter du jour au lendemain. Michel Platini, avec son fair-play financier, souhaitait qu’un club dépense ce qu’il génère. Ça veut dire qu’un investisseur qui arrive avec beaucoup d’argent, il doit les mettre dans les structures du club, c’est-à-dire améliorer le stade, le réceptif, les partenaires, le centre formation. Ce qui fait que dès que l’investisseur part, pas de problème parce que tout ce qu’il a fait restera. C’est plutôt intelligent afin de pérenniser les clubs. À Grenoble, ils avaient le stade mais pas le centre de formation. Donc ça, je pense que ça peut aider.

 

DSn : Malgré la saison compliquée, les supporters lensois sont restés derrière leur équipe. Ils se sont doutés que le maintien allait presque être impossible et ils ont décidé de profiter de chaque match en L1. Tu penses que c’est la bonne réaction à avoir plutôt que de lâcher le club ?

EC : Il s’en est passé des choses à Lens cette saison. Entre la grève de Kombouaré en début de saison ou le fait de jouer à Amiens, je pense que ça a fait beaucoup de mal. Après c’est aussi un élément que je n’ai pas trop compris. Lorsque je jouais à Lens, le club a accueilli, en faisant payer, Lille pour la Ligue des Champions.

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Et que Lille ne veuille pas accueillir Lens, cette saison, j’ai trouvé ça dégueulasse ! Le parallèle qu’on peut faire c’est de dire, il y a un ami qui est un peu à la rue et que tu reçois chez toi en lui disant viens chez moi pendant quelques nuits. Et puis le scénario s’inverse quelques temps après et le mec te dit non tu ne viens pas chez moi, pour des raisons politiques. Je trouve ça vraiment très moyen. Quelles que soient les rivalités, il faut savoir tendre la main. Surtout la tendre en faisant payer. Tu fais payer un loyer, c’est bon.

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